janvier 26, 2010

Salomé

illustration d'Aubrey Beardsley pour la Salomé d'Oscar Wilde

Devant le miroir, je coiffe mes cheveux ; noirs et lourds ils caressent mon dos, noirs et lourds ils cacheront mes yeux quand je danserai. Avec des caresses paresseuses je peigne mes cheveux, ornement et habit, j’embaume les mèches avec des huiles enivrantes.

Devant le miroir, j’allonge mes cils noirs et lourds et les sourcils, sombres arcs au-dessus des yeux. Je lance des coups d’œil comme les amazones lancent des flèches, des regards empoisonnés qui blessent et des regards doux comme le péché.

Devant le miroir, j’empourpre mes lèvres, fruits charnus qui tentent ou condamnent, embrassent ou tuent, j’orne mes oreilles de perles, guirlandes de larmes qui caressent mon cou.

Devant le miroir, j’arrange ma chaînette fine comme un rayon de lune ; son pendentif parfumé au musc s’est caché entre mes seins. Je couvre mes poignets du tintement des bracelets ; des rubis scintillent aux chevilles.

Devant le miroir, je fais ondoyer mes voiles qui me montrent et me couvrent, une large ceinture serre ma taille et allonge mes hanches, ma robe est fendue jusqu’aux cuisses.

Devant le miroir je tourne et je danse ; ce soir, il me faut le cœur d’Hérode, son désir je dois attiser. J’ajoute un bijou, j’enlève un voile ; rien n’est de trop, rien n’est caché, je ne montre rien. La danse dira tout.

Derrière le lourd rideau, j’attends. Mon front est couvert, un voile est roulé autour de mon corps ; inconnue me montrerai-je devant Hérode.

Un chant résonne, je serre mon vêtement contre moi et je parcours la salle des festins. Mon pas fait naître des murmures ; les yeux baissés, le visage caché, je m’approche du trône.

Je m’agenouille.

Sous son regard fureteur, mon lourd voile glisse ; ses yeux caressent mon dos nu. Seuls mes noirs cheveux cachent ma tête penchée.

Avec une prétendue pudeur, je la lève ; mes lourds cils découvrent mes yeux. Hérode me regarde ; tous me regardent.

Les yeux dans les yeux, je le cloue au trône ; l’esclave couchée au sol domine son maître. Lentement, j’arrondis mes lèvres souriantes en un mot de salut ; derrière les paroles je le laisse deviner des promesses. Son regard s’embrase, avec un signe de main il me dit de danser.

La plainte d’une flûte donne le signal. Encore penchée vers le sol, mes bras tressaillent en un mouvement d’ailes. Je me lève, hésitante comme un oiseau qui cherche le vent, aveuglée par les cheveux noirs comme la nuit. Je jette ma tête en arrière ; en un ondoiement de vague qui se brise, les mèches glissent de mon visage ; pendant un instant, mon regard le brûle, puis mes paumes ornées le cachent. Il n’est pas encore temps.

Je me tourne, d’une main je lève mes lourds cheveux, de l’autre je descends mon voile sur les yeux ; mes épaules se montrent, ronds, alléchants, mon dos nu se cambre ; je balance mes hanches, dansant, je m’éloigne doucement de lui, je sens sa main tendue qui cherche à m’arrêter. J’ouvre mes bras et, faisant serpenter mes foulards comme un appel, je courbe mon dos en arrière, lentement. Mon corps menu est arqué comme un pont pour lui ; la tête renversée, je sens mon voile glisser de mes yeux – et je le fixe à nouveau.

Je le regarde ; il me regarde. Mes yeux l’appellent, ses yeux me répondent, m’exigent, me promettent. Je lui souris, je l’aguiche, je le leurre.

Je danse, mes voiles tournoyent et chatoyent, la soie me caresse comme son regard. Je danse comme submergée par le désir, je tends mes bras vers lui, je fais ondoyer mes cuisses. Mes cheveux lourds et noirs me cachent et me montrent à lui, je m’approche aux pas légers et je m’éloigne de ses doigts désireux, je fais chanter mes bijoux comme un doux appel.

Hérode se contient avec peine, le désir flambe dans ses yeux, il se hisse à moitié de son trône, il voudrait m’attirer à lui et étreindre ma taille frêle. Je virevolte, je tourne autour du trône, qu’Hérode perde la tête, sa tête et la tête de Jean ensemble je veux. Il convoite mon corps, il le payera de la tête. Dans ma danse, mes cheveux noirs se soulèvent et tombent lourds comme une hache, à mes mouvements de roseau sous le vent répondront les convulsions du corps de Jean.

Hérode me veut, me réclame, des richesses me mettra-t-il aux pieds. Je danse, je danse, mes boucles d’oreille j’enlève et je les jette devant lui, mon voile brodé d’or tombe en flottant. De tes richesses j’en veux pas, lui disent mes bras s’arrachant les bracelets sonnants. La moitié de mon royaume t’appartiendra, dit Hérode enflammé, je n’ai que faire de ton royaume, j’ai le ciel,  lui répond mon corps d’un saut léger comme pour l’envol. Demande-moi tout ce que tu veux et je te le donnerai, crie Hérode ardemment, tout, tout ce que tu voudras, c’est ainsi je le jure devant tous !

Je m’approche en me déhanchant, la danse m’a ôté tous les voiles ; mettant un genou à terre devant lui, je me penche, le rubis entre mes seins chauds et palpitants scintille, son odeur de musc monte vers Hérode comme une offrande. De mes yeux sombres je le dévisage, du bout de la langue je lèche mes lèvres écarlates, Hérode est pétrifié sous mon regard. La tête, la tête de Jean Baptiste je veux, je lui murmure comme une caresse, donne-moi la tête de Jean.

janvier 12, 2010

Nostalgies d’hiver

Ca me manque… la neige dans laquelle je m’enfonçais jusqu’aux genoux, dans laquelle je m’allongeais, dans laquelle je creusais un terrier, qui m’entrait dans les oreilles, dans les yeux, sous le bonnet, derrière le cou, dans les gants et dans les bottes, à cause de quoi je rentrais à la maison sous forme de glaçon géant. Sur Paris il neige pas comme ça.

Ca me manque… les chants de Noël et toutes les traditions d’hiver que je respectais dans les moindres détails et pour lesquelles j’attendais les fêtes avec tant d’impatience.

Ca me manque… mes amis que j’appelais sans aucune raison et que je retrouvais ensuite devant un café irlandais et avec qui je causais pendant des heures, dans un nuage de fumée. Pour voir un ami français, je dois planifier mes sorties une semaine à l’avance.

Ca me manque… les nuits que je passais à écrire, le menton sur le genou droit, jusqu’à en avoir atrocement mal au dos. Maintenant je ne peux plus écrire et d’autant plus pendant la nuit, car je ne voudrais pas gâcher le sommeil de mon chéri.

Ca me manque… les promenades sans fin et sans but dans Iaşi, les antiquaires sur la rue Lăpuşneanu, le boulevard bordé de tilleuls et de châtaigniers qui traversait le quartier des étudiants.

Ca me manque… Cerise, la poupée clown que j’avais reçu quand j’avais quatre ans, au Noël après la Révolution, et qui m’a accompagnée jusqu’à 22 ans. La dernière fois que je suis allée chez moi, elle avait disparu. Je suis sûre que ma mère, qui jouait l’innocente, l’a donnée à quelque enfant crétin pour qui ma Cerise ne représente rien d’autre qu’un bout de torchon qu’il peut secouer à sa guise.

Ca me manque… mes livres achetés avec tant d’amour, dévorés avec tant d’appétit, abandonnés au pays par manque de place dans mes valises. Les livres de mon enfance, égarées par mes parents Dieu sait où. Les livres de mon adolescence, que je prenais par pile à la bibliothèque et que je ramenais après trois jours. L’appétit de lecture d’antan et les cours de littérature où j’apprenais à découvrir les livres.

Ca me manque… mes amis qui m’aimaient tant quand j’étais à Iaşi et qui maintenant m’ignorent, bien qu’on soit souvent en ligne sur yahoo.

Ca me manque… la colline derrière la maison de mes grands-parents, abrupte et brulée par le soleil, où poussaient des fraisiers des bois.

Ca me manque… les vacances que je passais avec Alina ma cousine à la campagne, nous rappelant toutes les bêtises que nous avons faites ensemble pendant notre enfance commune, riant à gorges déployées, nous gavant de tourtes cuites sur pierre et de lait aux nouilles faites maison.

Ca me manque… la charcuterie roumaine, surtout le jambon fumé de mon grand-père, salé à mon goût.
Ca me manque… les messes de soir avant les Pâques, les pleurs mélodieux des cloches, l’odeur fraîche de printemps qui les accompagnait.

Ca me manque… les nuits passées sur les couloirs du foyer pour étudiants, avec Loky, causant de la pluie et du beau temps mais jamais ennuyés, et les nuits où je jouais à Dungeon Siege et Mu avec Mihai, entrecoupés de pauses clope sur le couloir.

Ca me manque… les jours bénis où je n’avais pas affaire aux fonctionnaires français.

Ce qui me manque, c’est mon pays.

novembre 18, 2009

Comment je me suis l’SFR, cette fois

Il y a un mois, j’ai fait l’erreur de vouloir prendre un abonnement SFR. Je le voulais vraiment beaucoup (enfin, c’était plutôt mon chéri qui voulait que je le veuille…) car sinon, après le deuxième essai, je serais allée chez Orange, dans la boutique à côté.

La première fois, j’ai fait vingt minutes de queue, car il n’y avait que deux personnes pour quatre ou cinq caisses, rien que pour demander ce qu’il me faut pour demander l’abonnement. Bien sûr, dans une boutique qui respecte plus les clients, il y aurait peut-être une personne à l’accueil qu’on peut voir quand on a seulement des questions à poser. Là, il faut faire la queue. M’enfin. Je reviens donc le lendemain avec les papiers demandés pour apprendre, au bout d’un autre quart d’heure, qu’une quittance de loyer n’est pas un justificatif de domicile!

C’est marrant, avec mon petit cerveau j’aurais cru que si je montre que je paye un loyer quelque part, à la même adresse que celle de ma carte d’identité, ça prouve bien que j’y habite. Bah, il paraît que non. Heureusement que Franck avait la carte grise sur lui. Parce que ça, par contre, c’est un justificatif reconnu partout, vu qu’on peut pas déménager sans qu’une puissance divine le marque aux lettres de feu sur la carte grise, ce qui n’est pas le cas d’une quittance de loyer. Il y a peut-être des gens qui déménagent et continuent de payer l’ancien loyer aussi, allez savoir, pour tromper SFR sur leur adresse.

Enfin bref. Cette troisième fois, la dame accepte les papiers, je lui dis que je payerais par carte et non par chèque et elle commence à cliquer sur son ordi pour m’inscrire. Puis elle prend le téléphone et, de sa conversation qui dure quelques minutes et pendant laquelle elle nous ignore, je comprends qu’il y a un truc qui ne va pas. Assez agacée, je lui pose la question et elle me répond, très séreine, qu’elle s’est gourrée en tapant mon numéro de carte bleueu et que maintenant le système la bloque et qu’il faut revenir le lendemain. « ENCORE?? », j’ai envie de lui hurler, mais heureusement pour elle, je n’ai jamais eu les qualités vocales recquises pour ce faire.

Cette histoire commence à me porter sur les nerfs et j’ai vraiment très envie de leur fourrer leur abonnement là où j’pense et aller chez un autre fournisseur. Mais non, le chéri est chez SFR et veut absolument que j’y sois aussi pour qu’il puisse m’appeler en illimité. Parce que oui, mon homme est une vraie pipelette et on s’appelle souvent pour raconter des ragots pendant des heures,  surtout quand je suis en caisse, en heure de pointe. Fin du sarcasme.

Le lendemain donc, en masochistes refulés que nous sommes, nous y retournons; mais enfin, tout se passe comme il devrait et après une demi-heure (dont au moins la moitié passée en queue, selon la coutume), je repars avec le foutu abonnement et un nouvel téléphone.

Et c’est là que je voulais en venir. Ce nouveau téléphone (nouveau, d’accord? j’insiste pour que vous remarquiez le mot « nouveau ») est mort après deux semaines. (Ai-je dit qu’il était neuf?) Je le ramène à la boutique, en leur expliquant qu’il ne voulait plus capter quoi que ce soit, quoi que je fasse, que oui, je l’ai rédémarré et même plusieurs fois, oui j’ai enlevé la battérie avant de rédémarrer et non, ça ne marche toujours pas. Le vendeur paraît si étonné qu’on aurait cru que je lui ai dit que Spiderman avait roulé sur mon portable avec un Batmobile volé et insiste sur le fait qu’il a le même téléphone à la maison – l’argument imbattable de tous les vendeurs – et qu’il n’y a jamais eu de problème avec cette marque (pour ne pas faire de la pub, je ne dirait pas qu’il s’agit de Sony Ericsson). C’est marrant, fais-je, mon autre portable c’est un S. E. et j’ai aussi des problèmes avec, et une copine à moi se plaint également du sien, quelle coïncidence, ne trouvez-vous pas? Le vendeur ne lâche pas le morceau pour autant et ne veut pas accepter l’idée qu’il m’ait vendu de la me… mauvaise marchandise, mais il le prend quand-même pour le faire réparer et m’annonce deux semaines d’attente.

Hier, je reçois un texto d’eux me disant d’aller le récupérer ; je suis étonnée, parce que ça fait moins de deux semaines. En rentrant de la fac, vers 19h, je veux aller à la boutique et Franck veut m’y attendre ; mais une fois là-bas, je n’arrive pas à l’appeler. Le comble de l’absurdité : devant la boutique SFR je ne capte pas SFR. Si je me déplace de quelques mètres, le portable trouve le signal, mais des que je veux appeler, je tombe directement sur la messagerie. J’essaye les textos, ça a l’air de marcher, mais dix minutes plus tard je n’ai toujours pas de réponse et je ne vois Franck nulle part.

Je suis exaspérée, je quitte mon poste de guet pour monter à l’étage, là où je capte le foutu signal et vlan ! je reçois d’un seul coup une demi-douzaine de confirmations de réception. Il essaye de m’appeler, je comprends rien du tout, j’essaye de le rappeler, je tombe sur la messagerie, je déteste SFR, je redescends à la boutique, il n’y est pas, je repars… il m’attrape par le bras, on s’est retrouvé en fin de compte ! Maintenant tout peut aller que pour le mieux.

Ca aurait été trop beau.

Dans la boutique, nous attendons pendant une bonne dizaine de minutes devant le bureau au dessus duquel c’est marqué en grosses lettres rouges « Service après vente » et où, vous devinez bien, il y a personne. Les autres vendeurs s’occupent de leurs affaires, ils doivent croire qu’on est là pour les regarder. Enfin, une blondasse nous pose la question : « Vous attendez pour le service après vente ?

-          Non, j’ai envie de lui répondre, on est devant juste pour faire joli dans la boutique, qu’est ce que t’en crois ?

-          Oui, nous lui répondons en chœur.

-          Oh, mais il n’y a personne…

Nooon, c’est vrai ? on l’avait pas remarqué.

-          Il faudrait repasser derrière et faire la queue, ou sinon revenir…

Des envies de meurtre se bousculent dans ma tête et la voix de la raison se fait entendre à peine. J’essaye de lui expliquer que c’est eux qui m’ont dit de venir, que c’est juste pour récupérer un téléphone neuf qui m’a été donné par eux et qui est tombé en panne après deux semaines (autant essayer de réveiller des sentiments de culpabilité chez une mère Tyrannosaure), ce qui veut dire qu’elle n’a qu’à lever ses fesses, aller le chercher et revenir, au lieu de prétendre que ce soit encore moi qui revienne. Nan, rien à faire, elle me répète la même chose.

-          Madame, demain je suis à l’école de 8h à 19h, après-demain je travaille de 11h à 19h, après-après-demain je suis encore à l’école de 8h à 18h, vous voulez que je vienne quand ?!

-          Heuuu…

J’attends juste encore deux semaines et s’il tombe encore en panne, ils vont devoir bien se tenir, parce que j’irai les voir et je serai très, très énervée.

novembre 14, 2009

La revanche du manager

- Un menu Big Mac au pain complet s’il vous plaît.

Je note, je prépare les sacs, je commande le BMC, surprise :

- Denisa, mais on n’a plus de pain pour BMC aujourd’hui !

Bravo, et moi j’étais censée deviner ça en arrivant ? J’ai peut-être une tête de « la vraie clairvoyante de Paris exceptionnellement au McDo vendredi de midi à 16h » ? Enfin… je le dis au client, je change sa commande, tout se passe sans dégâts ; quelques minutes plus tard, quelqu’un demande un Big Tasty. J’encaisse, je vais chercher les produits, il n’en restait aucun dans le bin donc je le commande.

- Mais on t’a pas dit qu’on n’a plus de Big Tasty ?

Je bouillonne. J’annonce le client, il me dit qu’il y a pas de problème, il prendra un Chicken Mythic, vu que c’est le même prix. Je suis contente que tout se passe bien, je vais chercher le Mythic, on me répond sur un ton agacé que je devrais arrêter de demander les produits quand je sais bien qu’il n’y en a pas !!! J’ai envie de taper sur quelqu’un – j’dis pas qui, personnage important – je respire un bon coup et je vais chercher un manager pour faire le remboursement. Après avoir perdu quelques bonnes minutes avec ça (et j’ai horreur de perdre du temps pendant l’heure de pointe), je pose la question qui me brule :

- Quelqu’un veut bien me dire ce qu’on n’a pas aujourd’hui, pour que je sache moi aussi ?

- Ah, on me répond d’une voix nonchalante, on n’a plus de pain complet, de Big Tasty, de Chicken Mythic, des mandises et du poulet grillé pour les salades.

Youpi, rien que ça ? Je vends donc que des salades au poulet croustillant, jusqu’à ce que, au moment d’une commande de salade Caesar… vous devinez vous-mêmes, comme vous êtes des enfants intelligents.

- Euh, les filles, ne vendez plus de Caesar, on n’en a plus !

Et maintenant, le concours de la journée : un Big Tasty au pain complet à celui qui donne la bonne réponse à la question : quel manager était présent aujourd’hui ?

novembre 8, 2009

Résumé de la matinée

- Bonjour, on voudrait deux menus petit-dej avec cafés et brioches s’il vous plaît.
- Désolée, on n’a plus de brioches.
- Des pancakes alors?
- Ok, mais il en reste une seule paire.
- On prendra des viennoiseries.
- Il y a 20 min d’attente.
- Il vous reste quoi alors?
- Des egg muffins.
- Ok, je prends ça et un yaourt aux fruits.
- On a plus de yaourts aux fruits…

J’ai eu la honte tellement de fois aujourd’hui devant les clients que je devrais avoir une prime.

novembre 1, 2009

Mes joies

Les bien-aimés yeux de miel brun aux éclairs verts.

Le sourire d’une fille au parapluie bleu.

La branche aux feuilles jaunes qui s’échappe dans la rue par dessus la clôture.

Le coin de ciel bleu que je vois quand je suis devant l’ordi.

La tasse de café viennois fort et bien chaud.

Les longues conversations devant la fenêtre ouverte qui laisse entrer l’air frais après une pluie.

Les premières fleurs de cerisiers vues ensemble.

Rachael Yamagata et son « Be be your love ».

Le premier baiser et tous ceux qui ont suivi.

Le gel de douche au parfum du café fraîchement moulu.

Le jeu des doigts qui se lacent et s’entrelacent.

Le parfum qui m’enivre encore.

Sa façon de me dire « je t’aime » entre deux baisers.

octobre 17, 2009

Billets

Ceci sera le nom de la catégorie qui concerne les petits faits qui m’ont amusé à l’école.

En TD de littérature on nous a parlé du site des certains moines qui s’étaient amusés à scanner tout le livre des vies des saints pour le mettre sur internet. Moi, à Jean-Christophe:

- C’est bien, les moines savent tirer profit de l’internet, mais pas les secrétaires…

Triste, mais vrai.

octobre 17, 2009

Viva la revolucion! même dans les plus intimes recoins

J’ai vu ce sticker révolutionaire rouge dans les toilettes des filles:

sticker

Et dans un coin, quelqu’un de plus pragmatique avait ajouté au stylo: « …jusque dans les chiottes ».

Rien à ajouter, j’en ris encore.

septembre 17, 2009

Une histoire d’affiche

Il y a quelques jours,  une cliente vient s’acheter un café, comme toute personne normale le matin. Sauf que la machine ne marchait pas depuis quelques jours et on ne pouvait faire aucune boisson chaude. Enfin, si, on pouvait, mais seulement quand la machine le voulait bien, elle se mettait d’un coup à  faire soit deux cafés, soit un expresso, soit du lait chaud, soit… Donc la manager s’est excusée de ne pas pouvoir la servir, elle lui a expliqué pourquoi et tout. La cliente, très hautaine :
- Oh là là, vous devriez avoir honte, vous auriez pu au moins mettre une annonce pour que les clientes savent que vous avez des problèmes non résolus!
Et la manager, avec un sourire suave :
- Madame, il y a une affiche sur la grande porte d’entrée, une sur la porte latérale, une aux caisses et une dehors…
Ben oui, on a beau avoir des affiches, il faut aussi les lire!

août 7, 2009

Papa

A deux ans, il me prenait dans ses bras et me levait au plafond, en me faisant rire de tout mon petit cœur.

A trois ans, il s’habillait en Père Noël et il vidait son sac devant mes yeux grand ouverts devant tous ces merveilles-là rien que pour moi. A peu près à la même époque, il avait l’habitude de porter une moustache et il m’a déroutée en sortant de la salle de bains complètement rasé ; je l’attendais devant la porte pour lui demander quelque chose et quand j’ai vu la poignée bouger je me suis lancée : « Paaap… Monsieur ?! » Je l’ai pas laissé s’approcher de moi avant que ma mère me dise que c’était vraiment lui.

A quatre ans, il m’emmenait à la forêt sur le devant de son vélo et moi je mettais – l’énième fois – mon pied entre les rayons de la roue.

A quatre ans, en hiver, il participait à la Révolution* et il revenait, héros à mes yeux, avec Cerise dans ses bras, pour moi. Cerise, la poupée clown qui ne m’a pas quittée jusqu’à mon départ pour la France, quand j’ai dû le laisser à la maison. Ma mère l’a sûrement donné à quelque enfant qui ne sait rien de mon pauvre compagnon et qui ne le traite sûrement pas comme il le doit…

A cinq ans, il me réveillait à 7h du matin pour m’annoncer que j’avais une petite sœur, la blonde Raluca.

A six ans, il me faisait un arc en bois de cornouiller, comme celui d’Etienne le Grand, mon roi moldave préféré.

A sept ans, on déménageait dans Botoşani, pour être plus près de la famille. Cet été là, il m’a sauvée du bec du coq blanc de ma grand-mère. Ses instincts de guerrier se réveillaient quand il voyait du rouge et je le taquinais en me pavanant devant lui portant devinez quelle couleur, jusqu’à ce qu’il me saute à la tête pour bien me marteler de coups. Heureusement que mon père m’a entendue crier et il est venu en courant, la moitié du visage pas rasée et couverte de mousse, il a attrapé le coq par une aile et il l’a enfermé dans le poulailler. Puis, en novembre, il nous a ramené maman qui tenait dans ses bras un minuscule bébé, ma petite sœur Miriam.

A huit ans, il nous a construit une vraie balançoire chez ma grand-mère, au lieu de la chaine pendue à une branche qui nous avait servi jusque là.

A neuf ans, je lui ai présenté mon premier petit ami, mon collègue de banc Olivian.

A dix ans, j’ai été pour la première fois la première de ma classe et mon cœur s’est gonflé d’orgueil quand il m’a dit qu’il était fier de moi.

Comme récompense, j’ai eu droit d’aller dans un camp d’été avec mes collègues et, pendant qu’il me conduisait à la gare, il m’a glissé un peu plus d’argent de poche, en me faisant un clin d’œil.

A onze ans, il me réveillait en me massant les épaules, il me faisait du pain grillé et du lait au chocolat et il m’accompagnait à l’école chaque jour avant d’aller au travail.

A douze ans, il m’aidait aux devoirs de géométrie et on se chamaillait parce que chacun tenait à sa méthode de résoudre les problèmes.

A treize ans, il nous ramenait Tanou le chat, ramassé je ne sais où, qui miaulait à la porte chaque soir pour qu’on le laisse sortir visiter ses copines, jusqu’à ce que, un jour, Tanou est parti définitivement. On s’est dit qu’il s’était peut-être marié et on l’apercevait de temps en temps dans le quartier, toujours aussi gros.

Et ensuite, il est parti à l’étranger pour travailler. Il nous appelait chaque semaine, on lui envoyait des lettres chaque fois qu’un car partait pour sa ville, il nous envoyait des cadeaux, on lui faisait des cartes en papier et des magazines faits-maison, écrites à la machine et illustrés au stylo bille.

A dix-sept ans, mon premier amour – nous nous sommes disputés tellement que nous ne nous parlions plus ; il pensait que le type n’était pas assez bon pour moi – ce qui, entre nous, était tellement vrai -, mais moi j’étais aveuglée par l’amour et je ne voyais et ne voulais personne sauf lui. Papa a essayé me convaincre d’abord gentiment, puis en usant de son autorité, puis en me menaçant ; imaginez-vous un lion en rage et vous saurez ce que j’affrontais. Nous étions au couteaux tirés. Même après m’être séparée de cet homme-là, même si, en regardant rétrospectivement, j’admettais que mon père avait eu raison d’essayer par tout moyen de m’éloigner de lui, les relations entre nous sont restées très froides. Je ne pouvais pas pardonner ce que s’était passé et ce qu’il avait dit maintes fois. Celui qui avait été l’homme le plus important de ma vie, mon héro et mon modèle, m’avait déçue cruellement. Même après être venue en France, je ne lui donnais pas beaucoup de mes nouvelles, j’avais toujours l’impression qu’il essayait de me contrôler.

A 23 ans, l’automne passé, quand je suis allée en Espagne avec Franck, il est venu me voir. Il a parcouru 600 km en une seule journée pour moi. Vers la fin de la journée, je me suis excusée devant mes beaux-parents et mon chéri et j’ai passé un peu de temps seule avec mon père. Pour moi, c’était une période assez difficile, et mon père m’a rappelé ce que c’est d’avoir quelqu’un qui te protège et qui t’aime, quoi qu’il arrive et quoi que je décide de faire. Pour la première fois, il m’a parlé de choses que je n’avais jamais soupçonnées. Cet après-midi là, blottis l’un contre l’autre sur la plage rocheuse devant la mer, nous nous sommes découverts l’un l’autre et nous nous sommes approchés l’un de l’autre plus que nous ne l’avions pas fait toutes les années d’avant – et je me suis rendu compte à quel point il m’avait manqué.

Je l’ai revu au mariage, j’ai vu son émoi et sa fierté, je l’ai vu désemparé devant mes sœurs qui étaient devenues des demoiselles coquettes, triste de ne pas nous avoir vu grandir. J’aurais voulu le prendre dans mes bras à mon tour et lui embellir les années qui lui restent à passer loin de nous. J’aurais voulu, et voudrais toujours qu’on habite plus près l’un de l’autre, pour que je puisse m’occuper de lui, le faire sortir de la maison, de la routine et de l’ennui, pour qu’il ne vive plus seul. Je ferais tout pour lui.

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de l’homme le plus important de ma vie. Je t’aime, papa.

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*Il s’agit de la Révolution du décembre 1989 qui a entraîné la chute du communisme.