novembre 18, 2009

Comment je me suis l’SFR, cette fois

Il y a un mois, j’ai fait l’erreur de vouloir prendre un abonnement SFR. Je le voulais vraiment beaucoup (enfin, c’était plutôt mon chéri qui voulait que je le veuille…) car sinon, après le deuxième essai, je serais allée chez Orange, dans la boutique à côté.

La première fois, j’ai fait vingt minutes de queue, car il n’y avait que deux personnes pour quatre ou cinq caisses, rien que pour demander ce qu’il me faut pour demander l’abonnement. Bien sûr, dans une boutique qui respecte plus les clients, il y aurait peut-être une personne à l’accueil qu’on peut voir quand on a seulement des questions à poser. Là, il faut faire la queue. M’enfin. Je reviens donc le lendemain avec les papiers demandés pour apprendre, au bout d’un autre quart d’heure, qu’une quittance de loyer n’est pas un justificatif de domicile!

C’est marrant, avec mon petit cerveau j’aurais cru que si je montre que je paye un loyer quelque part, à la même adresse que celle de ma carte d’identité, ça prouve bien que j’y habite. Bah, il paraît que non. Heureusement que Franck avait la carte grise sur lui. Parce que ça, par contre, c’est un justificatif reconnu partout, vu qu’on peut pas déménager sans qu’une puissance divine le marque aux lettres de feu sur la carte grise, ce qui n’est pas le cas d’une quittance de loyer. Il y a peut-être des gens qui déménagent et continuent de payer l’ancien loyer aussi, allez savoir, pour tromper SFR sur leur adresse.

Enfin bref. Cette troisième fois, la dame accepte les papiers, je lui dis que je payerais par carte et non par chèque et elle commence à cliquer sur son ordi pour m’inscrire. Puis elle prend le téléphone et, de sa conversation qui dure quelques minutes et pendant laquelle elle nous ignore, je comprends qu’il y a un truc qui ne va pas. Assez agacée, je lui pose la question et elle me répond, très séreine, qu’elle s’est gourrée en tapant mon numéro de carte bleueu et que maintenant le système la bloque et qu’il faut revenir le lendemain. “ENCORE??”, j’ai envie de lui hurler, mais heureusement pour elle, je n’ai jamais eu les qualités vocales recquises pour ce faire.

Cette histoire commence à me porter sur les nerfs et j’ai vraiment très envie de leur fourrer leur abonnement là où j’pense et aller chez un autre fournisseur. Mais non, le chéri est chez SFR et veut absolument que j’y sois aussi pour qu’il puisse m’appeler en illimité. Parce que oui, mon homme est une vraie pipelette et on s’appelle souvent pour raconter des ragots pendant des heures,  surtout quand je suis en caisse, en heure de pointe. Fin du sarcasme.

Le lendemain donc, en masochistes refulés que nous sommes, nous y retournons; mais enfin, tout se passe comme il devrait et après une demi-heure (dont au moins la moitié passée en queue, selon la coutume), je repars avec le foutu abonnement et un nouvel téléphone.

Et c’est là que je voulais en venir. Ce nouveau téléphone (nouveau, d’accord? j’insiste pour que vous remarquiez le mot “nouveau”) est mort après deux semaines. (Ai-je dit qu’il était neuf?) Je le ramène à la boutique, en leur expliquant qu’il ne voulait plus capter quoi que ce soit, quoi que je fasse, que oui, je l’ai rédémarré et même plusieurs fois, oui j’ai enlevé la battérie avant de rédémarrer et non, ça ne marche toujours pas. Le vendeur paraît si étonné qu’on aurait cru que je lui ai dit que Spiderman avait roulé sur mon portable avec un Batmobile volé et insiste sur le fait qu’il a le même téléphone à la maison – l’argument imbattable de tous les vendeurs – et qu’il n’y a jamais eu de problème avec cette marque (pour ne pas faire de la pub, je ne dirait pas qu’il s’agit de Sony Ericsson). C’est marrant, fais-je, mon autre portable c’est un S. E. et j’ai aussi des problèmes avec, et une copine à moi se plaint également du sien, quelle coïncidence, ne trouvez-vous pas? Le vendeur ne lâche pas le morceau pour autant et ne veut pas accepter l’idée qu’il m’ait vendu de la me… mauvaise marchandise, mais il le prend quand-même pour le faire réparer et m’annonce deux semaines d’attente.

Hier, je reçois un texto d’eux me disant d’aller le récupérer ; je suis étonnée, parce que ça fait moins de deux semaines. En rentrant de la fac, vers 19h, je veux aller à la boutique et Franck veut m’y attendre ; mais une fois là-bas, je n’arrive pas à l’appeler. Le comble de l’absurdité : devant la boutique SFR je ne capte pas SFR. Si je me déplace de quelques mètres, le portable trouve le signal, mais des que je veux appeler, je tombe directement sur la messagerie. J’essaye les textos, ça a l’air de marcher, mais dix minutes plus tard je n’ai toujours pas de réponse et je ne vois Franck nulle part.

Je suis exaspérée, je quitte mon poste de guet pour monter à l’étage, là où je capte le foutu signal et vlan ! je reçois d’un seul coup une demi-douzaine de confirmations de réception. Il essaye de m’appeler, je comprends rien du tout, j’essaye de le rappeler, je tombe sur la messagerie, je déteste SFR, je redescends à la boutique, il n’y est pas, je repars… il m’attrape par le bras, on s’est retrouvé en fin de compte ! Maintenant tout peut aller que pour le mieux.

Ca aurait été trop beau.

Dans la boutique, nous attendons pendant une bonne dizaine de minutes devant le bureau au dessus duquel c’est marqué en grosses lettres rouges « Service après vente » et où, vous devinez bien, il y a personne. Les autres vendeurs s’occupent de leurs affaires, ils doivent croire qu’on est là pour les regarder. Enfin, une blondasse nous pose la question : « Vous attendez pour le service après vente ?

-          Non, j’ai envie de lui répondre, on est devant juste pour faire joli dans la boutique, qu’est ce que t’en crois ?

-          Oui, nous lui répondons en chœur.

-          Oh, mais il n’y a personne…

Nooon, c’est vrai ? on l’avait pas remarqué.

-          Il faudrait repasser derrière et faire la queue, ou sinon revenir…

Des envies de meurtre se bousculent dans ma tête et la voix de la raison se fait entendre à peine. J’essaye de lui expliquer que c’est eux qui m’ont dit de venir, que c’est juste pour récupérer un téléphone neuf qui m’a été donné par eux et qui est tombé en panne après deux semaines (autant essayer de réveiller des sentiments de culpabilité chez une mère Tyrannosaure), ce qui veut dire qu’elle n’a qu’à lever ses fesses, aller le chercher et revenir, au lieu de prétendre que ce soit encore moi qui revienne. Nan, rien à faire, elle me répète la même chose.

-          Madame, demain je suis à l’école de 8h à 19h, après-demain je travaille de 11h à 19h, après-après-demain je suis encore à l’école de 8h à 18h, vous voulez que je vienne quand ?!

-          Heuuu…

J’attends juste encore deux semaines et s’il tombe encore en panne, ils vont devoir bien se tenir, parce que j’irai les voir et je serai très, très énervée.

novembre 14, 2009

La revanche du manager

- Un menu Big Mac au pain complet s’il vous plaît.

Je note, je prépare les sacs, je commande le BMC, surprise :

- Denisa, mais on n’a plus de pain pour BMC aujourd’hui !

Bravo, et moi j’étais censée deviner ça en arrivant ? J’ai peut-être une tête de « la vraie clairvoyante de Paris exceptionnellement au McDo vendredi de midi à 16h » ? Enfin… je le dis au client, je change sa commande, tout se passe sans dégâts ; quelques minutes plus tard, quelqu’un demande un Big Tasty. J’encaisse, je vais chercher les produits, il n’en restait aucun dans le bin donc je le commande.

- Mais on t’a pas dit qu’on n’a plus de Big Tasty ?

Je bouillonne. J’annonce le client, il me dit qu’il y a pas de problème, il prendra un Chicken Mythic, vu que c’est le même prix. Je suis contente que tout se passe bien, je vais chercher le Mythic, on me répond sur un ton agacé que je devrais arrêter de demander les produits quand je sais bien qu’il n’y en a pas !!! J’ai envie de taper sur quelqu’un – j’dis pas qui, personnage important – je respire un bon coup et je vais chercher un manager pour faire le remboursement. Après avoir perdu quelques bonnes minutes avec ça (et j’ai horreur de perdre du temps pendant l’heure de pointe), je pose la question qui me brule :

- Quelqu’un veut bien me dire ce qu’on n’a pas aujourd’hui, pour que je sache moi aussi ?

- Ah, on me répond d’une voix nonchalante, on n’a plus de pain complet, de Big Tasty, de Chicken Mythic, des mandises et du poulet grillé pour les salades.

Youpi, rien que ça ? Je vends donc que des salades au poulet croustillant, jusqu’à ce que, au moment d’une commande de salade Caesar… vous devinez vous-mêmes, comme vous êtes des enfants intelligents.

- Euh, les filles, ne vendez plus de Caesar, on n’en a plus !

Et maintenant, le concours de la journée : un Big Tasty au pain complet à celui qui donne la bonne réponse à la question : quel manager était présent aujourd’hui ?

novembre 8, 2009

Résumé de la matinée

- Bonjour, on voudrait deux menus petit-dej avec cafés et brioches s’il vous plaît.
- Désolée, on n’a plus de brioches.
- Des pancakes alors?
- Ok, mais il en reste une seule paire.
- On prendra des viennoiseries.
- Il y a 20 min d’attente.
- Il vous reste quoi alors?
- Des egg muffins.
- Ok, je prends ça et un yaourt aux fruits.
- On a plus de yaourts aux fruits…

J’ai eu la honte tellement de fois aujourd’hui devant les clients que je devrais avoir une prime.

novembre 1, 2009

Mes joies

Les bien-aimés yeux de miel brun aux éclairs verts.

Le sourire d’une fille au parapluie bleu.

La branche aux feuilles jaunes qui s’échappe dans la rue par dessus la clôture.

Le coin de ciel bleu que je vois quand je suis devant l’ordi.

La tasse de café viennois fort et bien chaud.

Les longues conversations devant la fenêtre ouverte qui laisse entrer l’air frais après une pluie.

Les premières fleurs de cerisiers vues ensemble.

Rachael Yamagata et son « Be be your love ».

Le premier baiser et tous ceux qui ont suivi.

Le gel de douche au parfum du café fraîchement moulu.

Le jeu des doigts qui se lacent et s’entrelacent.

Le parfum qui m’enivre encore.

Sa façon de me dire « je t’aime » entre deux baisers.

octobre 17, 2009

Billets

Ceci sera le nom de la catégorie qui concerne les petits faits qui m’ont amusé à l’école.

En TD de littérature on nous a parlé du site des certains moines qui s’étaient amusés à scanner tout le livre des vies des saints pour le mettre sur internet. Moi, à Jean-Christophe:

- C’est bien, les moines savent tirer profit de l’internet, mais pas les secrétaires…

Triste, mais vrai.

octobre 17, 2009

Viva la revolucion! même dans les plus intimes recoins

J’ai vu ce sticker révolutionaire rouge dans les toilettes des filles:

sticker

Et dans un coin, quelqu’un de plus pragmatique avait ajouté au stylo: “…jusque dans les chiottes”.

Rien à ajouter, j’en ris encore.

septembre 17, 2009

Une histoire d’affiche

Il y a quelques jours,  une cliente vient s’acheter un café, comme toute personne normale le matin. Sauf que la machine ne marchait pas depuis quelques jours et on ne pouvait faire aucune boisson chaude. Enfin, si, on pouvait, mais seulement quand la machine le voulait bien, elle se mettait d’un coup à  faire soit deux cafés, soit un expresso, soit du lait chaud, soit… Donc la manager s’est excusée de ne pas pouvoir la servir, elle lui a expliqué pourquoi et tout. La cliente, très hautaine :
- Oh là là, vous devriez avoir honte, vous auriez pu au moins mettre une annonce pour que les clientes savent que vous avez des problèmes non résolus!
Et la manager, avec un sourire suave :
- Madame, il y a une affiche sur la grande porte d’entrée, une sur la porte latérale, une aux caisses et une dehors…
Ben oui, on a beau avoir des affiches, il faut aussi les lire!

août 7, 2009

Papa

A deux ans, il me prenait dans ses bras et me levait au plafond, en me faisant rire de tout mon petit cœur.

A trois ans, il s’habillait en Père Noël et il vidait son sac devant mes yeux grand ouverts devant tous ces merveilles-là rien que pour moi. A peu près à la même époque, il avait l’habitude de porter une moustache et il m’a déroutée en sortant de la salle de bains complètement rasé ; je l’attendais devant la porte pour lui demander quelque chose et quand j’ai vu la poignée bouger je me suis lancée : « Paaap… Monsieur ?! » Je l’ai pas laissé s’approcher de moi avant que ma mère me dise que c’était vraiment lui.

A quatre ans, il m’emmenait à la forêt sur le devant de son vélo et moi je mettais – l’énième fois – mon pied entre les rayons de la roue.

A quatre ans, en hiver, il participait à la Révolution* et il revenait, héros à mes yeux, avec Cerise dans ses bras, pour moi. Cerise, la poupée clown qui ne m’a pas quittée jusqu’à mon départ pour la France, quand j’ai dû le laisser à la maison. Ma mère l’a sûrement donné à quelque enfant qui ne sait rien de mon pauvre compagnon et qui ne le traite sûrement pas comme il le doit…

A cinq ans, il me réveillait à 7h du matin pour m’annoncer que j’avais une petite sœur, la blonde Raluca.

A six ans, il me faisait un arc en bois de cornouiller, comme celui d’Etienne le Grand, mon roi moldave préféré.

A sept ans, on déménageait dans Botoşani, pour être plus près de la famille. Cet été là, il m’a sauvée du bec du coq blanc de ma grand-mère. Ses instincts de guerrier se réveillaient quand il voyait du rouge et je le taquinais en me pavanant devant lui portant devinez quelle couleur, jusqu’à ce qu’il me saute à la tête pour bien me marteler de coups. Heureusement que mon père m’a entendue crier et il est venu en courant, la moitié du visage pas rasée et couverte de mousse, il a attrapé le coq par une aile et il l’a enfermé dans le poulailler. Puis, en novembre, il nous a ramené maman qui tenait dans ses bras un minuscule bébé, ma petite sœur Miriam.

A huit ans, il nous a construit une vraie balançoire chez ma grand-mère, au lieu de la chaine pendue à une branche qui nous avait servi jusque là.

A neuf ans, je lui ai présenté mon premier petit ami, mon collègue de banc Olivian.

A dix ans, j’ai été pour la première fois la première de ma classe et mon cœur s’est gonflé d’orgueil quand il m’a dit qu’il était fier de moi.

Comme récompense, j’ai eu droit d’aller dans un camp d’été avec mes collègues et, pendant qu’il me conduisait à la gare, il m’a glissé un peu plus d’argent de poche, en me faisant un clin d’œil.

A onze ans, il me réveillait en me massant les épaules, il me faisait du pain grillé et du lait au chocolat et il m’accompagnait à l’école chaque jour avant d’aller au travail.

A douze ans, il m’aidait aux devoirs de géométrie et on se chamaillait parce que chacun tenait à sa méthode de résoudre les problèmes.

A treize ans, il nous ramenait Tanou le chat, ramassé je ne sais où, qui miaulait à la porte chaque soir pour qu’on le laisse sortir visiter ses copines, jusqu’à ce que, un jour, Tanou est parti définitivement. On s’est dit qu’il s’était peut-être marié et on l’apercevait de temps en temps dans le quartier, toujours aussi gros.

Et ensuite, il est parti à l’étranger pour travailler. Il nous appelait chaque semaine, on lui envoyait des lettres chaque fois qu’un car partait pour sa ville, il nous envoyait des cadeaux, on lui faisait des cartes en papier et des magazines faits-maison, écrites à la machine et illustrés au stylo bille.

A dix-sept ans, mon premier amour – nous nous sommes disputés tellement que nous ne nous parlions plus ; il pensait que le type n’était pas assez bon pour moi – ce qui, entre nous, était tellement vrai -, mais moi j’étais aveuglée par l’amour et je ne voyais et ne voulais personne sauf lui. Papa a essayé me convaincre d’abord gentiment, puis en usant de son autorité, puis en me menaçant ; imaginez-vous un lion en rage et vous saurez ce que j’affrontais. Nous étions au couteaux tirés. Même après m’être séparée de cet homme-là, même si, en regardant rétrospectivement, j’admettais que mon père avait eu raison d’essayer par tout moyen de m’éloigner de lui, les relations entre nous sont restées très froides. Je ne pouvais pas pardonner ce que s’était passé et ce qu’il avait dit maintes fois. Celui qui avait été l’homme le plus important de ma vie, mon héro et mon modèle, m’avait déçue cruellement. Même après être venue en France, je ne lui donnais pas beaucoup de mes nouvelles, j’avais toujours l’impression qu’il essayait de me contrôler.

A 23 ans, l’automne passé, quand je suis allée en Espagne avec Franck, il est venu me voir. Il a parcouru 600 km en une seule journée pour moi. Vers la fin de la journée, je me suis excusée devant mes beaux-parents et mon chéri et j’ai passé un peu de temps seule avec mon père. Pour moi, c’était une période assez difficile, et mon père m’a rappelé ce que c’est d’avoir quelqu’un qui te protège et qui t’aime, quoi qu’il arrive et quoi que je décide de faire. Pour la première fois, il m’a parlé de choses que je n’avais jamais soupçonnées. Cet après-midi là, blottis l’un contre l’autre sur la plage rocheuse devant la mer, nous nous sommes découverts l’un l’autre et nous nous sommes approchés l’un de l’autre plus que nous ne l’avions pas fait toutes les années d’avant – et je me suis rendu compte à quel point il m’avait manqué.

Je l’ai revu au mariage, j’ai vu son émoi et sa fierté, je l’ai vu désemparé devant mes sœurs qui étaient devenues des demoiselles coquettes, triste de ne pas nous avoir vu grandir. J’aurais voulu le prendre dans mes bras à mon tour et lui embellir les années qui lui restent à passer loin de nous. J’aurais voulu, et voudrais toujours qu’on habite plus près l’un de l’autre, pour que je puisse m’occuper de lui, le faire sortir de la maison, de la routine et de l’ennui, pour qu’il ne vive plus seul. Je ferais tout pour lui.

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de l’homme le plus important de ma vie. Je t’aime, papa.

______
*Il s’agit de la Révolution du décembre 1989 qui a entraîné la chute du communisme.

juillet 30, 2009

Vive le McDo

Voici plus d’un mois depuis que je travaille pour la gloire de la France et le bonheur du merveilleux peuple fran… ouais, c’est ça. Je rigole – quique, si pendant un splendide dimanche d’été les français préfèrent venir manger au McDonald’s avec leurs garnements au lieu d’aller dans un parc, je suppose que c’est l’idée qu’ils se font du bonheur familial.

C’est surprenant de voir combien de choses on apprend sur la vraie nature d’un peuple quand on travaille avec le public, quand on voit comment agissent les gens quand ils sont livrés à eux-mêmes. Qui disait que des éloges sur les français, ô combien ils sont civilisés et propres et patati et patata, celui-là devrait venir travailler rien qu’une journée avec nous.

Tout d’abord, il y a ceux à qui on dit « bonjour » et qui passent directement à la commande, soit parce que l’effort de saluer une caissière du McDo serait trop grand, soit que ça les abaisserait, je ne sais pas. A vrai dire, j’ignore ça et je continue, vu que de toute façon je ne les verrai plus dans quelques minutes, et puis je suis plutôt calme et pacifique. Je préfère donc ne pas m’énerver pour un rien au travail, surtout qu’en plus on ne peut pas leur refaire l’éducation si tard dans la vie. Alexandra ou d’autres collègues plus irascibles insistent quand-même et ils répètent comme pour les sourds : « bonjoooouuuuur ! » jusqu’à ce que l’autre comprend qu’il a sauté une étape importante. En ce moment, des uns marmonnent un salut ou une excuse, d’autres font tout un scandale et ils bloquent toute la queue pour le plaisir d’hurler, alors que tout aurait pu être arrangé en deux mots polis. Il paraît qu’il y en a même ceux qui viennent en costard-cravate, la tête tellement gonflée du fait qu’ils soient PDG ou j’sais pas quoi, qu’ils ne daignent pas nous répondre à nous, pauvres employés d’un fast food. Je racontais ça à mon père un jour et il m’a répondu un truc génial : «pourquoi tu ne leur dis pas, s’ils sont tellement importants, qu’ils aillent au Ritz au lieu de venir acheter des patates dans un bout de papier au McDo. »

Il y a ensuite les gueulards qui trouvent des poils dans la soupe métaphorique de leur commande. Une fois, un crétin n’a pas voulu comprendre que dans un Happy Meal il peut avoir seulement du McFish et non pas des Filets-o-Fish, parce qu’il est techniquement impossible de taper ça en caisse, même s’il veut bien payer la différence. Il a hurlé pendant une demi-heure, si bien que je l’entendais même des vestiaires qui sont en dessus comme si qu’il était à côté de moi, insultant la caissière et les trois managers qui perdaient leur temps à lui expliquer pourquoi on pouvait pas lui satisfaire ce caprice.

Une autre fois, une vieille demandait à Alexandra un café à l’eau froide (un café glacé ? j’en sais rien), même si elle lui a dit plusieurs fois qu’on peut le faire uniquement à l’eau chaude, parce que la machine est faite comme ça et elle lui proposait un café normal et de l’eau glacée. La vieille non et non, qu’est-ce qu’il y a, elle est idiote ? Elle veut un café à l’eau froide, qu’est-ce qu’il y a de si difficile à comprendre ?Moi je lui aurais dit, « Chère mamie, voilà un verre d’eau, des glaçons et une poignée de grains de café, débrouille-toi si t’es si intelligente. » Si on avait eu du café soluble, ça aurait pu se faire, parce que c’était pas pour son plaisir qu’Alexandra lui refusait ça. Le plus marrant ça a été quand la folle d’Aïda, exaspérée, lui a jeté : « Madame, si t’as pas d’amis, t’as qu’à aller emmerder quelqu’un d’autre ! », à ce que la vielle a répondu, offensée, « Vous n’avez qu’à garder vos cafés alors ! » (que d’ailleurs elle avait déjà payés). Elle s’est dirigée vers la porte façon reine froissée, sauf que ce rôle l’a tellement aveuglée qu’elle s’est mise à tirer sur la porte au lieu de la pousser. Et tire et tire et tire, de plus en plus furieusement, parce que la foutue porte refusait catégoriquement de s’ouvrir et donc la sortie de sa Majesté allait être ratée. Finalement, sous les rires générales, elle est partie par l’autre porte.

Comme le plus souvent je suis en caisse, il m’arrive rarement d’être énervée. Je dois avoir une tête de chiot perdu ou de poupée, parce que depuis que j’ai commencé il n’y a pas un seul qui m’ait crié dessus, même quand j’avais oublié des sandwiches. Par contre, ça me tue quand je dois aller nettoyer la salle. Jamais de ma vie je n’ai vu autant de saleté humaine que ce que je vois depuis que je travaille ici. Ces gens sont si crasseux et sans honte qu’ils ne sont même pas capables de porter un fichu plateau à la poubelle et de jeter les débris dedans. Combien de fois j’ai trouvé les restes de plusieurs menus sur une table, des emballages, des serviettes, de la sauce étalée partout, des frites renversées et écrasées sous le pied, des morceaux de salade et de tomates et d’autres dégueulasseries, que si j’avais pesé dans les quatre-vingts kilos je les aurais attrapé par la tête et je leur aurais mis le nez dedans ! Mais qu’on leur dise quelque chose, il faut voir comment ils se hérissent les poils ! Comment osons-nous dire à Sa Majesté le client de McDonald’s de ramasser derrière lui ?

Heureusement que j’ai des collègues très sympas et que les blagues fusent la plupart du temps, ce qui rend mes journées au travail beaucoup plus agréables. J’ai eu des journées où on étais tous si morts de rire derrière le comptoir, que les clients se mettaient à rire eux aussi dès qu’ils passaient la porte.

Donc, tout se passe bien sur le front de l’ouest. Si seulement j’arrivais à dormir sans rêver de clients, de commandes et de BigMacs, ce serait le comble !

juillet 1, 2009

Apprivoise-moi

- Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste…
– Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé.
- Ah! pardon, fit le petit prince.

Mais, après réflexion, il ajouta:
- Qu’est-ce que signifie “apprivoiser” ?
(…)
- C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie “créer des liens…”

– Créer des liens ?
- Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde…
(…)
Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince:

– S’il te plaît… apprivoise-moi ! dit-il.
(…)
- Que faut-il faire? dit le petit prince.
- Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près…

Apprivoise-moi. Je suis timide. Je suis peureuse. Je suis effarouchée.

Quand je rencontre quelqu’un de nouveau, je suis réservée. Pour cacher mon anxiété (« et si je l’ennuie ? et si je ne dis rien d’intéressant ? »), je mets mon masque amical, je souris gentiment et j’écoute. Il paraît que je sais très bien écouter, à défaut d’autre qualités sociales. Mais au fait, je suis cachée quelque part dans mon terrier et je prie pour que rien de ce dont j’ai peur n’arrive. Si j’aime bien la personne, je commence tout doucement à sortir mon museau métaphorique ; mais à la première chose qui va de travers, je me cache à nouveau.

Je sois comme le renard du Petit Prince, sauvage. Tu dois t’assoir chaque jour unvulpit peu plus près. Ne pas faire des mouvements brusques, parce que je m’enfuirai tout de suite et tu devras tout recommencer. Tu dois être patient avec moi, écouter jusqu’au bout mes silences, parce que j’ai des choses à dire et des histoires à raconter. Et évite à tout prix de te moquer de moi, parce que je me renfermerai à un tel point que tu ne me feras point sortir à nouveau de mon terrier.

Ne m’ennuie pas non plus. Si tu t’assois toujours à la même place, sans rien dire, sans montrer un signe d’intérêt, je pars chercher un autre dompteur ou tout simplement autre chose à faire. C’est vrai que je n’aime pas être au centre de l’attention de tout le monde, mais j’ai mon petit orgueil à nourrir. Si tu me complimentes sur ce que j’ai dans la tête, tu le verras toute de suite les pattes en l’air, agitant la queue désespérément, comme un chien content.

Si tu réussis à me faire sortir de ma tanière, tu auras une interlocutrice toujours disponible pour discuter de tout ce que tu veux. Je tiens à croire que j’ai des choses intéressantes à dire et que je peux être amusante si je suis à mon aise. D’ailleurs, les discutions intelligentes sont l’appât idéal à me mettre sous le nez, je les refuse seulement le matin, jusqu’à mon troisième café. Avant ça, mon cerveau n’est capable que d’entretenir des conversations faciles et de dicter « inspire, expire ».

Peu sont ceux qui ont eu la patience de me découvrir, de m’apprivoiser jusqu’au bout (et ceux-là peuvent compter sur moi n’importe quand, n’importe où, aveuglement). Beaucoup s’arrêtent quand ils se rendent compte que je suis sauvage. D’autres, quand ils voient que je ne m’approche pas assez vite. Qui de nos jours a encore la patience de découvrir quelqu’un et de construire des ponts et des liens au lieu des murs ?

Merci à ceux qui sont restés à côté de moi et m’ont toujours supporté, qui se sont tus, ont attendu et m’ont écouté patiemment. Merci, mon chéri, d’avoir été à côté de moi à chaque fois que je me cachais au fond de mon trou et n’en voulais plus sortir. Merci, Ian, d’avoir essayé de m’apprivoiser sans même m’avoir rencontrée dans la vraie vie. Merci, Alexandra, pour le fait qu’après toutes les hésitations, inquiétudes, surprises, nous nous sommes apprivoisés réciproquement.

Et toi ? Veux-tu m’apprivoiser ?